mars 20, 2026

🎨 La fulgurance de Laurent Becot Ruiz, artiste peintre

Par Sophie Gauthier
🎨 La fulgurance de Laurent Becot Ruiz, artiste peintre

Photographe pendant plus de quinze ans, Laurent Becot Ruiz est aujourd’hui artiste peintre. Son travail explore la matière, l’intuition et l’expérience du vivant à travers une peinture abstraite et méditative.
Pour Carnets Goguette, il signe une « fulgurance bleue », imaginée comme carte de vœux 2026, une manière de remercier celles et ceux qui participent à l’aventure et lui donnent profondeur et relief.

De photographe Ă  peintre, comment s'est construit ton parcours ?

Alors que j'étais parti pour travailler comme agent de voyage, l'attirance pour la créativité m'a fait dégoter une formation audiovisuelle. Je voulais faire de la musique, de la post-prod sonore pour des films. Je suis sorti de cette année avec un appareil photo dans les mains.

Et puisque l'envie d'une vie créative était plus forte que moi, je suis devenu photographe. Photographe de tout : photo de scène, musiciens, artistes, portraits, architecture, événementiel, reportage, mode...

Puis après une prise de tête avec moi-même et de belles rencontres, je suis devenu peintre. Comme ça. Autodidacte du jour au lendemain. C'était comme un rêve de gosse que je n'avais jamais vraiment osé décrire.

Embarqué par l'élan, la joie et l'amour suscité, c'est devenu mon métier. J'ai réalisé peu après que la quinzaine d'années en tant que photographe avait été comme la réalisation d'un bloc-notes d'inspiration.

Pour Carnets Goguette, tu as réalisé une "fulgurance bleue". Qu'est-ce que tu souhaitais exprimer ?

Ce geste est arrivé avec la naissance de mon second enfant. Le manque de temps, le besoin de créer, le besoin d'aller à l'essentiel, la poursuite dans l'expression minimaliste, de la matière, de l'expérience de la vie sont venus inspirer et nourrir cette démarche.

Cette peinture incarne l'idée que nous sommes la somme des vies que nous avons vécu jusqu'à ce jour. Nos joies, nos peines, nos doutes, nos gloires, notre enfance, adolescence, vie de jeune adulte.

Les teintes et les textures viennent former des couches par-dessus, par-dessous. Comme les couches qui nous constituent, nous épaississent avec le temps, nous caractérisent.

C'est un totem Ă  l'acceptation, Ă  la superbe, Ă  ĂŞtre qui on est.

Photo Pierine di Giacomo

Ton travail sur les quadrillages explore l'idée d'ensemble et de singularité. Comment le lis-tu ?

Dans un premier temps, les formes de quadrillage ont exprimé le flot des pensées dans nos têtes. Tout est statique et mouvement à la fois. C'est une invitation à plonger à l'intérieur de soi, à être à l'écoute de son intuition la plus intime. Être sincère avec soi-même.

Dans un second temps, les quadrillages ont trouvé une symbolique d'ensemble par la multitude d'empreintes. Ils se présentent maintenant sous forme de diptyque : d'un côté une multitude de formes similaires, nous sommes un ensemble. De l'autre un grand aplat de couleur de la même taille, comme un zoom sur l'un des rectangles. Se représenter ainsi, c'est se voir grand, beau, talentueux à sa façon, par sa singularité.

De l'infiniment grand à l'infiniment petit, de la multitude à l'unique. Tout est lié.

C'est une manière de faire des va-et-vient entre trouver sa place dans l'ensemble sans perdre de vue sa grandeur personnelle. Soyons fous. Soyons humains.

Comment travailles-tu concrètement ?

Je travaille avec des pigments et une technique aquarelle. La terre et l'eau sont mes matières. Je les couche sur du papier texturé et cherche l'équilibre entre le contrôle et le lâcher-prise.

Jusqu'à présent je travaillais exclusivement avec des pinces-brosses... mais les choses sont en train de changer pour d'autres projets à venir.

Quelles sont tes sources d'inspiration ?

Étant du genre à facilement m'émerveiller, adepte de la contemplation, la nature en soi m'inspire. De ce fait je suis allé m'installer près de la forêt et d'une rivière.

Les fractales qui se répètent et se retrouvent dans les infinis. L'effet du temps sur la matière, les changements d'états. La philosophie japonaise nomme ça le wabi-sabi.

Le vivant sous toutes ses formes. L'énergie de la graine qui a tout pour devenir fleur ou arbre, et la beauté de ceux-là. La course de l'eau et la vie qu'elle véhicule.

Mes enfants, ma compagne, mes amis. Les trajectoires des humains. Les mythologies et autres paraboles de la nature humaine.

Quel rapport entretiens-tu avec l'écriture ?

J'ai un peu moins le temps d'écrire mes "pages du matin" pour vider mon sac et lire en moi, mais je tente tant bien que mal de consacrer un rapport avec l'écriture. Une page par-ci, un paragraphe par là, une liste d'émotions ou d'anecdotes des derniers jours. Ce rendez-vous avec moi-même. La vie est si intense à mesure que le temps passe.

Je crois qu'aujourd'hui certaines notes ou formes de poèmes sont prêtes à accompagner mes peintures et photos. Donc bientôt, inclure l'écriture à mon travail.

Par ailleurs, peindre c'est écrire. Le langage émotionnel peut trouver bien des formes et des grammaires.

Si tu devais choisir un carnet de la collection Carnets Goguette, lequel prendrais-tu ?

J'aime l'idée de l'Essentiel. Au fil du temps, je me suis vu exposé à une multitude d'options, de "forfaits", de confrontations à l'intégrité, de dispersions par des médias et réseaux sociaux qui nourrissent constamment, densément, interminablement mon cerveau. Pas de vide. Pas de pause. Un recul approximatif. L'étourdissement.

Écrire l'Essentiel car la vie peut passer ou s'interrompre vite. Être ici est une splendeur.

Qu'est-ce qui est indispensable d'écrire dans un carnet selon toi ?

Des moments joyeux. Ce qu'on a trouvé de beau. Ce qui a inspiré l'état de grâce.

Ce qui a bloqué nos élans. Ce qui nous émeut, en bien, en mal.

S'écrire des mémoires ou des post-it qui témoignent de la beauté de la vie. L'insatisfaction est immanquable. La joie est possible, elle est même politique. Écrivons nos remèdes.

Tu animes des ateliers de peinture méditative au Paon, à Paris. En quoi ça consiste ?

L'atelier "peinture méditative" pourrait s'appeler "atelier liberté". On se retrouve autour d'une table et on joue à découvrir la couleur, au jeu de peindre.

Je commence par proposer la technique et la méthode qui sont la genèse de mes peintures, puis on ouvre. Chacun, chacune, ouvre à son rythme, à sa façon. On respire. On vide. On peint. On contemple. On respire à nouveau. Et si on s'émerveille et déconnecte, alors on est bien.

Je passe petit Ă  petit de celui qui transmet Ă  celui qui assiste. L'alchimiste en devenir.

Des projets Ă  venir ?

Le 30 avril, j'expose quelques œuvres chez Mirabilé dans le 18ème. C'est une boutique de décoration et une fleuriste magnifique. Ce sera l'occasion de mettre fleurs et peintures côte à côte, de mettre en résonance odeurs et couleurs. La pivoine sera à l'honneur. J'ai hâte.

Dès le 1er septembre, j'aurai la chance d'exposer à Genève avec de merveilleux plasticiens et artisans. Ça va être magnifique.

Un message que tu aimerais que les gens retiennent grâce à ta pratique ?

Respirez. Soyez brillant·e et lumineux·se. Ça fait parfois peur, mais c'est si beau.

Cherchez et trouvez votre langage émotionnel non verbal.

Tout n'est pas possible, mais beaucoup de choses sont réalisables.


Retrouvez Laurent Becot Ruiz sur Instagram : @laurentbecotruiz et découvrez son travail sur son site.