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Après une carrière dans les cosmétiques, un voyage en solitaire sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle et une année de bénévolat en Zambie, Céline Mouchel reprend en 2020 les rênes de la maison de parfumerie fondée par son père. Aujourd'hui, elle prolonge cette aventure familiale en invitant chacun à redécouvrir un sens souvent oublié : l'odorat. De notre rencontré est né un carnet exclusif, dédié aux explorations olfactives. Rencontre avec une femme qui croit au pouvoir des odeurs pour nous ancrer dans le présent.
Je crois que mes premiers souvenirs remontent même avant la naissance de Divine. Mes parents avaient une parfumerie traditionnelle et, toute petite, je passais mon temps à sentir les échantillons et les miniatures.
Je me souviens aussi des blind tests olfactifs organisés avec l'équipe de la boutique de Dinard. C'était un jeu, mais sans le savoir, je développais déjà mon odorat.
Et puis, il y avait l'odeur de la maison. À l'époque, mon père remplissait lui-même les premiers flacons chez nous. Divine faisait littéralement partie de notre quotidien. Toute mon enfance a senti Divine.
Plus tard, j'ai même réalisé que cette odeur m'accompagnait encore. Pendant longtemps, il m'arrivait de sentir une odeur familière sans savoir d'où elle venait. Puis un jour j'ai compris : c'était le fond du tout premier parfum Divine. Comme une odeur fantôme qui revenait me rendre visite.
Non. Pendant longtemps, je me suis dit que si je rejoignais Divine trop tôt, je serais « la fille de » toute ma vie.
J'avais besoin de construire mon propre chemin.
J'ai travaillé dans le groupe Estée Lauder, puis j'ai traversé une vraie crise de sens. J'adorais mon métier, mais je ne retrouvais plus le "pourquoi". J'ai alors pris une année sabbatique, voyagé seule en Asie, marché sur le chemin de Compostelle, puis je suis partie vivre en Zambie.
C'est là -bas que quelque chose s'est remis en place. J'ai senti que le moment était venu de rejoindre mon père.
Au départ, nous voulions simplement essayer de travailler ensemble pendant un an.
Et finalement... cela a été une évidence.
Je crois que le déclic est venu quand j'ai compris qu'un héritage ne peut être beau que s'il reste vivant.
Pendant longtemps, je pensais qu'il fallait préserver ce qui existait.
Aujourd'hui, je pense qu'il faut aussi le laisser passer Ă travers soi.
Il y a évidemment une histoire à respecter, mais si l'on n'y apporte jamais sa propre sensibilité, alors l'héritage finit par se figer.
Quand je me suis autorisée à apporter ma touche, j'ai enfin trouvé ma place chez Divine.
Les ateliers, les balades olfactives, puis le carnet... tout est né de cette envie de transmettre le goût de sentir.
Nous sommes une maison de parfumerie artistique, indépendante et volontairement confidentielle.
Cette indépendance n'est pas une fin en soi. Elle nous permet surtout de préserver notre liberté de création.
Prendre le temps de créer.
Ne pas suivre toutes les tendances.
Explorer des chemins moins empruntés.
Nous sommes aussi une maison très proche de ceux qui portent nos parfums. Nous échangeons énormément avec eux. Nous recevons des lettres manuscrites, des cartes, des témoignages. Certains nous racontent comment un parfum a accompagné un moment important de leur vie.
Ce lien est extrêmement précieux.
Aujourd'hui, notre mission dépasse même le parfum. Nous avons envie de transmettre la joie de sentir.
Je crois que l'odorat est simplement une autre manière de rencontrer le monde.
Notre culture donne énormément de place à la vue.
L'odorat, lui, est souvent oublié.
Pourtant, c'est notre sens le plus ancien. Il est directement relié à notre cerveau émotionnel.
Sentir le pain grillé en passant devant une boulangerie.
Froisser une feuille.
Respirer une fleur.
Sentir les embruns en arrivant près de la mer.
Ce sont parfois quelques secondes seulement... mais elles nous reconnectent pleinement à l'instant présent.
Je crois profondément que la présence se cultive.
Parce que nous cherchons toujours à répondre à la mauvaise question.
Nous cherchons : "Qu'est-ce que c'est ?"
Alors qu'il faudrait se demander :
"Comment est-ce que je le ressens ?"
Quand on reste dans le "quoi", on cherche la bonne réponse.
Quand on reste dans le "comment", on entre dans l'émotion.
Et c'est lĂ que l'odorat devient passionnant.
En réalité... cette idée est née grâce à toi !
Je me souviens très bien du moment où tu m'as dit : "Et si on créait un carnet d'explorations olfactives ?"
Plus j'y pensais, plus cela me semblait évident.
Dans les ateliers, je demande toujours aux participants de sentir d'abord en silence.
Parce que si quelqu'un parle avant toi, tu risques de vivre son expérience plutôt que la tienne.
L'écriture permet exactement cela.
Elle crée un espace intime dans lequel chacun peut retrouver ses propres sensations.

Carnet d'explorations olfactives, 96 pages – format A5 – papier FSC
Parce que, pour moi, la joie de sentir existe bien avant le parfum.
Elle est dans une promenade en forĂŞt.
Dans le café du voisin.
Dans une tartine grillée.
Dans l'odeur de son animal.
Dans les feuilles après la pluie.
Le parfum est un magnifique chemin.
Mais il n'est qu'un des chemins possibles.
Ce qui m'importe avant tout, c'est de redonner toute sa place Ă notre odorat.
Je n'ai pas vraiment d'attente.
Mais si quelqu'un me dit :
"Depuis ce carnet, je marche différemment. Je froisse davantage les feuilles. Je fais davantage attention aux odeurs qui m'entourent."
Alors je serai heureuse.
J'ai longtemps pratiqué les Morning Pages de Julia Cameron.
L'écriture m'aide à déposer ce qui tourne dans ma tête.
Même lorsque les mots sont désordonnés, quelque chose s'allège.
On gagne en clarté.
On voit aussi davantage toutes les nuances de nos journées.
C'est d'ailleurs ce que j'aime beaucoup dans Le Cocon : il permet de réaliser qu'une journée n'est jamais seulement noire ou blanche. Il y a toujours toute une palette d'émotions.
L'écriture aide à retrouver ces nuances.

Pour prolonger l'expérience, Divine propose des balades olfactives pour explorer le monde à travers l’odorat :
Promenade du Clair de Lune, Ă Dinard
Tous les jeudis à 10 h 30, du 16 juillet au 20 août 2026.
Rendez-vous sur place, au Prieuré.
Domaine du Montmarin, Ă Pleurtuit
Vendredi 17 juillet 2026 Ă 15 h.
Rendez-vous sur place.
Divine organise également des ateliers dans ses boutiques pour aiguiser son odorat, sentir différentes matières premières et explorer les coulisses du parfum.
→ Retrouvez toutes les informations et les inscriptions sur le site de Divine.